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21.05.2008
Corps étranger
C’est avec hâte que j’ai terminé « Corps étranger » ce soir, au travail. Importunée à tout moment par des coups de fil débiles.
Je vous avais déjà dit que j’aimais beaucoup ce roman, que le thème me plaisait, que les sentiments évoqués résonnaient en moi. Et bien les dernières pages ont tout foutu par terre.
Du Guillaume Musso pur jus de chaussettes.
Monsieur Didier Van Cauwelaert, je ne vous félicite pas. Mais alors pas du tout.
Je vais essayer de faire comme si ces dernières pages n’avaient jamais existé, mais ça va être compliqué.
Ce roman, c’est l’histoire d’un critique littéraire qui perd sa femme après un long coma des suites d’un tragique accident de la route. Il est perdu sans elle. Il s’apprête à sombrer dans une sorte de dépression sordide lorsqu’il reçoit un courrier à son adresse, au nom d’emprunt qu’il a utilisé quelques vingt ans plus tôt pour écrire un roman dans une série littéraire à l’eau de rose. C’est une jeune fille qui est tombée par hasard sur ce livre, et qui l’a adoré, car derrière les exigences du cahier des charges d’un roman de commande elle a su décrypter une multitude de références culturelles toutes aussi subtiles qu’intelligentes. Notre critique se trouve alors confronté à son « double » littéraire, ce nom d’emprunt, qui était tombé aux oubliettes, et entreprend de rencontrer cette jeune admiratrice sous cette identité. Identité qui reste à construire totalement, en essayant d’effacer le personnage du critique littéraire en deuil qui se cache derrière. Au fil des pages, la relation se construit à mesure que notre personnage principal se transforme et fait table rase du passé.
Ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est la schizophrénie volontaire de Frédéric/Richard. Finalement, on peut être qui on veut, à condition de le vouloir et d’avoir un but dans la vie. Les moyens pour y arriver fonctionnent très bien dans un roman, mais ça serait plus difficile dans la vraie vie. Mais on y croit. Après tout. Dans une société de l’image et du faux-semblant, on peut faire prendre des vessies pour des lanternes à n’importe qui.
J’ai aimé aussi les obstacles semés ici ou là sur le chemin de nos deux personnages. Malgré tous les efforts qu’on peut faire, le hasard de la vie fait parfois que les choses ne prennent pas la direction qu’on aurait voulu qu’elles prennent.
Je n'ai pas trop aimé le rapport du Frédéric du début et du Richard de la fin avec son épouse décédée. J'ai trouvé que c'en était trop. Peut-être suis-je totalement hermétique aux choses de l'amour, du vrai, mais cette relation, ces sentiments me paraissaient totalement à côté de la plaque.
Et l’auteur, Didier Van Cauwelaert, il a fait plein d’efforts pour ces personnages, mais n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de son intention. Ça me paraît un peu trop facile. Tel un Guillaume Musso des grands jours, il n’a pas hésité à user de ficelles grossièrement paranormales pour faire avancer Richard vers son destin. Je n’ai pas compris. Pas compris pourquoi c'était d'un coup d'un seul tombé dans une facilité naïve et destructrice.
Vous vous dites certainement que ce n’est pas très clair, ce que je raconte. Mais je ne peux pas vous en dire plus car voyez-vous, il y a du suspens, des fois qu’un producteur souhaiterait adapter ce truc au cinéma ou à la télé. Il y a une chute. Aux deux sens du terme, d’ailleurs, huhu. Merde, je spoile. Je me ressaisis. Et on comprend le sens du titre à la fin. Merde, je re-spoile. Rah. C'est fou ça hein?
En fait, je me rends compte que ce n'est pas Van Cauwelaert qui fait du Musso, mais l'inverse !! D'un point de vue purement chronologique. Quoiqu'il en soit, je suis déçue par ce roman. Pire ! Par la fin de ce roman. Lorsqu'on s'emmerde du début jusqu'à la fin, lorsqu'on voit arriver les scènes et les dénouements, on n'est pas vraiment déçu par une fin pourrie. Alors que quand on a haleté au fil de pages, c'est une vraie chute de très haut lorsque la fin arrive, décevante, convenue.
J'avais beaucoup aimé « Un aller simple » à l'époque où je l'avais lu. J'aime beaucoup le style de Van Cauwelaert. Mais du coup, je ne suis pas sûre d'avoir envie de lire autre chose de lui après cette déception. On verra. Plus tard. Lorsque j'aurai oublié.
Ce qui m'énerve, c'est que je vous livre mon avis, aujourd'hui, à chaud. Demain j'aurai très probablement d'autres idées sur ce livre, en bien et en mal.
21:02 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (12) | Envoyer cette note




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Commentaires
Je te trouve bien sévère avec Musso... mais je comprends en même temps, je viens de finir son dernier livre et je suis déçue. J'essayerai Van Cauwelaert
Ecrit par : delph | 21.05.2008
delph : je n'ai lu qu'un seul Musso (voir critique dans cette même rubrique) et très honnêtement, je reconnais l'efficacité de la recette, mais pour moi ce n'est pas de la littérature. Pas de style, et une intention non dissimulée de vouloir faire un scénario de film à gros budget. Van Cauwelaert a une écriture agréable et plus complexe que celle de Musso. Les émotions sont également plus recherchées.
Ecrit par : La Moule | 21.05.2008
J'ai jamais dit que c'était de la littérature, c'est juste "divertissant" pas plus, ce que je voulais dire au fond, c'est quand lisant ce genre de truc, j'espère toujours qu'il y aura quelques efforts littéraires et en fait y'a rien du tout... c'est un peu comme une fille qui attend le prince charmant mais elle sait bien qu'il débarquera pas mais elle y croit quand même... tu vois ce que je veux dire?
Ecrit par : delph | 21.05.2008
delph : je crois que je vois. D'ailleurs, ce côté-là, je l'ai plus ou moins avec Gavalda, au moins autant décriée que Musso. Parce que ça appuie sur les bons boutons et que parfois ça fait du bien.
Ecrit par : La Moule | 21.05.2008
delph : hey !!! J'avais pas vu ton blog ! Je sens que ça va me plaire........
Ecrit par : La Moule | 21.05.2008
J'implore ton indulgence... je débute...
Ecrit par : delph | 21.05.2008
delph : en tout cas ça commence très bien ! Et ça me fait penser que je n'ai toujours pas monté mon meuble à fours...et que pour faire ce genre de recettes, il faut un four. Diantre.
Ecrit par : La Moule | 21.05.2008
Hmmm ce principe de changer de vie et faire table rase du passé etc. ça me rappelle "Quelqu'un d'autre" de Tonino Benaquista, que j'avais beaucoup aimé (et sans effets de manche à la Musso!)...
Ecrit par : presso | 22.05.2008
Cool ton boulot, tu peux lire un roman ?. La vie est belle !! Tu es standardiste, alors ?
"Demain j'aurai très probablement d'autres idées sur ce livre, en bien et en mal."
Tu changes d'avis comme ça ? Souvent la première impression est la bonne, non ?
Il est vrai que "souvent, femme varie".
Ecrit par : pingouin | 22.05.2008
presso : j'en prends bonne note.
pingouin : je préfèrerais avoir un boulot digne de ce nom plutôt qu'un boulot qui me laisse (parfois) le temps d'ouvrir un livre. Et non, la vie n'est pas belle. Et non je ne suis pas standardiste, bien que je sois amenée à répondre au téléphone.
Je n'ai pas parlé de "changer d'avis", j'ai juste dit que j'aurai d'autres idées. Nuances. D'autres = en plus.
Ecrit par : La Moule | 22.05.2008
Erreur, la vie est belle, intrinsèquement. Même si parfois elle est difficile.
Tu es hot-liner, alors ? pour une marque d'aspirateurs peut-être ?
Ecrit par : pingouin | 22.05.2008
pingouin : je ne suis pas hot liner non plus, mais arrête de chercher, c'est le dernier truc que je vais annoncer sur ce blog, ce que je fais dans la vie.
Ecrit par : La Moule | 22.05.2008
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